– Le Pompier, se dirige vers la sortie, puis s’arrête. « A propos, et la cantatrice Chauve ? »
Silence général, gêne.
- Mme Smith. « Elle se coiffe toujours de la même façon ! »

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Un lien vers Eugène Ionesco

Un autre vers Massin

Marthe WéryMarthe WéryAtelier de Marthe Wéry

Du 16 février au 21 avril 2007

Insitut Supérieur d’Etude du Langage Plastiques
31 Boulevard de Waterloo
B-1000 Bruxelles
Tél. : + 32(0)25.04.80.70
www.iselp.be

Présentation de l’exposition :

Marthe Wéry voulait que ses oeuvres “contiennent la vie et puissent la faire toujours avancer”. Décédée en février 2005 à l’âge de 74 ans, elle fut l’une des artistes belges francophones les plus importantes de sa génération. D’abord inspiré par l’abstraction française d’après-guerre, puis par l’art américain des années 60, son travail s’est singularisé à partir des années 70 par une approche extrêmement sensible du
monochrome en peinture. Tout l’art de Marthe Wéry réside dans la richesse de ses aplats de matières colorées soumis aux variations
des jeux de la lumière sur leur surface ainsi que sur les rythmes imposés par leur format et leur succession rigoureusement calculés. Aussi, chaque tableau se définit-il par l’espace propre qu’il génère autant que par une relation tendue au lieu qui l’accueille. Et si l’affect semble totalement disparaître de ses oeuvres, le corps y tient une place centrale. Il est utilisé comme une échelle autant que comme un outil, et devient un point de référence fusionnel entre l’artiste et l’oeuvre. Ainsi que le définit Marthe Wéry, l’acte de création devient “un travail de corps à corps avec la matière”.

Proposition d’exploitation pédagogique de l’exposition Marthe Wéry

“Tout mon travail est une recherche élémentaire de vivre la surface. Elémentaire, c’est-à-dire rechercher l’essentiel par son minimum.”
Marthe Wéry
L’étude de l’oeuvre de l’artiste belge décédée en Février 2005, nous révèle “le travail de corps à corps avec la matière” qui sous-tendait toute sa création. Les peintures de la période lignée, dans les années 70, dans lesquelles l’artiste met en place un système répétitif et rigoureux laissent apercevoir la présence du support, sa matière même. Les lignes sont soumises à d’infimes variations, dues soit au fait même de
la toile ou du papier, soit de la pression de la main. Cette période contient déjà ce qui sera au coeur du travail de Wéry, un travail d’ expérimentation et de variations autour d’une idée forte: libérer le support et faire exister la matière.
De ce dialogue avec la peinture, va naître un long travail autour du monochrome, avec lequel elle va chercher faire exister la peinture en tant que force agissante que l’artiste tente d’accompagner. C’est ainsi que ses dernières toiles sont peintes à l’horizontale, laissant la peinture se répandre sur la toile afin de faire surgir des accidents picturaux. L’artiste encadre l’évènement et intervient au cas où des figures trop
anecdotiques viendraient à apparaître.

Lexique

Ces quelques définitions pourront vous aider à parler du travail de l’artiste.
Monochrome : caractère de ce qui est d’une seule couleur.
Qui n’a qu’une seule couleur. La peinture monochrome est devenue une catégorie artistique au XXe siècle. (Y.Klein)
Teinte : couleur plus ou moins intense, nuance d’une couleur.
Nuance : ce terme désigne chacun des degrés par lesquels peut passer une même couleur.
Abstrait : qui ne représente aucune figure.

Textes référents

Monochrome noir pour Marthe Wéry
par Guy Duplat et Claude Lorent
L’une des plus grandes plasticiennes belges est décédée ce mercredi. Marthe Wéry a eu une carrière exemplaire d’artiste et d’enseignante. Elle venait de présenter une magnifique exposition à Tournai.
La peinture belge est en deuil. Marthe Wéry est morte inopinément à 74 ans, au moment même où sa notoriété avait atteint des sommets amplement mérités. Elle avait bénéficié coup sur coup d’une exposition au Palais des Beaux-Arts, d’une commande d’une série de toiles monochromes vertes pour le palais royal et, dernièrement, d’une rétrospective au musée des Beaux-Arts de Tournai dans l’architecture
étonnante de Victor Horta. On pouvait y admirer toute la profondeur de son talent.
Célèbre pour ses monochromes, ceux-ci étaient travaillés, tout en finesse pour tester les capacités de la lumière et la force de la couleur, qui disait-elle, contenait la vie et la faisait toujours avancer. Elle travaillait ses grands tableaux à plat dans des bains de peinture qu’elle avait installés dans son atelier.
Femme pleine de vie, d’humour, toujours sur la brèche pour son art, soucieuse du combat des femmes dans la société, elle avait aussi été une enseignante importante à Saint-Luc à Bruxelles où elle forma nombre de jeunes qui devinrent de grands artistes par la suite, comme Anne Véronica Janssens.
C’est près de Tour & Taxis, à Bruxelles, qu’on pouvait avoir l’honneur de visiter son atelier. Une maison d’artistes, ancien entrepôt industriel, abritait au dernier étage son lieu de travail: des espaces lumineux, des tables et des bacs de peinture sur lesquels l’artiste dépose ses tableaux. D’autres tableaux étaient dressés contre les murs. Une terrasse envahie par les plantes qui accueillait en été les moments de
détente autour d’un repas léger et d’un verre de vin et une large vue sur la ville.
Nous l’avions longuement rencontrée en août dernier à la veille de son exposition tournaisienne. Elle s’enthousiasmait de ce nouveau projet comme elle pouvait s’émerveiller de tout avec une éternelle jeunesse de coeur et d’esprit. «Le musée de Tournai est sans doute le chef-d’oeuvre d’Horta, disait-elle. La lumière y est magnifique, il ne faut jamais rien éclairer. L’architecte a conçu ce musée en multipliant
les points de vue, les trouées, qui permettent au visiteur d’établir des liens. Une seule pièce accrochée peut être découverte sous des cadrages différents. Cela crée une activité du regard».
Pour cette expo, elle avait réalisé nombre d’oeuvres originales liées à l’architecture des lieux (les salles ont six mètres de haut). Mais elle exposait aussi des travaux représentatifs des différentes étapes de son parcours comme les «Neuf journées», réalisées en 1982 pour la Biennale de Venise où elle fut la représentante de la Belgique.
Née à Bruxelles, en 1930, Marthe Wéry étudie la peinture à la Grande Chaumière à Paris. Dès son installation à Maquenoise, dans le Hainaut, elle s’éloigne des préoccupations figuratives pour produire des oeuvres abstraites caractérisées par un chevauchement de surfaces colorées. Ses recherches la poussent alors à se débarrasser de références figuratives. Elle précisera plus tard: «Ce qui caractérise mon évolution est la décomposition progressive de la forme. On ne pourrait pas dire un éclatement de la forme, parce que cela ferait penser à un éclatement sauvage. Il s’agit beaucoup plus d’une opération de déconstruction en vue de retrouver une structure plus fondamentale.»
Lors d’un voyage aux Etats-Unis, Marthe Wéry découvre le Minimalisme américain mais aussi, et surtout, l’Unisme qu’avait théorisé, durant l’entre-deux guerres, le Polonais Wladyslaw Strzeminski (1893-1952) qui considérait le tableau comme un tout en parts égales. Il ne s’agissait plus de privilégier un élément du tableau, mais de le considérer comme une unité.
De 1972 à 1975, Marthe Wéry a ainsi réalisé des peintures qui détournent le regard des stimuli picturaux classiques. Le radicalisme de ses recherches amène Rudi Fuchs à l’inviter à la célèbre exposition La Peinture fondamentale au Stedelijk Museum, à Amsterdam, en 1975. En 1982, alors qu’elle est désignée pour représenter la Belgique à la Biennale de Venise, elle propose des séries de tableaux rouges appuyés
contre les murs, comme dans son atelier. Elle poursuivra dans cette voie de «mise en espace et en temps» de la peinture sous forme d’installations durant toute la décennie, avec des séries ouvertes qui ne se figent jamais en système. Les panneaux deviennent les éléments de vastes compositions qui modulent l’espace. Son geste, comme chez les peintres les plus fondamentaux, est rendu invisible par l’opacité de la peinture (20 à 30 couches qui doivent sécher vite pour ne pas laisser de traces). L’accent n’est plus mis sur le geste artistique mais sur la façon dont la couleur se manifeste au spectateur. Elle réalise aussi une série de vitraux pour la collégiale de Nivelles (avec Jean-Paul Emonds-Alt)
En 1994, un nouveau changement apparaît, d’ordre technique tout d’abord: des couches de couleurs extrêmement liquides et transparentes sont répandues sur les supports (aluminium). La méthode consiste à laisser couler la peinture diluée jusqu’à ce qu’elle s’immobilise, entraînant un lot «d’accidents» contrôlés: aspérités de surface, bulles, etc. En 2001, Marthe Wéry a été choisie, avec Jan Fabre et Dirk
Braeckman, et sur proposition de Jan Hoet et Laurent Busine, par la reine Paola pour réaliser une série de peintures destinées à rehausser une salle du palais royal.
Si Marthe Wéry était connue pour ses monochromes, elle s’en était donc éloignée ces dix dernières années en laissant surgir en surface des accidents picturaux ou des vagues de couleurs. Mais quel fut dans ce parcours, son fil rouge? «Ce sont les questions posées par, et pour, l’art contemporain durant tout le vingtième siècle, nous expliquait-elle. Celles de Mondrian, Malevitch et surtout Strzeminski, continuent à aiguiser mon travail. Je ne sais pas si je suis dans l’art actuel, mais je me pose toujours ces questions et je continue».
Une constance admirable dans son questionnement de la couleur, de la surface («Ce qui relie les périodes de mon travail, c’est la qualité, la force, la vitalité de la structure de la surface»). Mais elle relevait aussi avec plaisir qu’à la fin de sa vie, Mondrian a encore eu le génie d’innover dans sa démarche.
Dans ce cheminement, il y avait les rencontres: «J’ai découvert Le Gréco. Il y a chez lui, une vitalité, une liberté, une émotion extraordinaire et très actuelle. Il faut voir comment il traite la couleur.»
Marthe Wéry, même quand elle les quitte, revenait sans cesse aux monochromes. «Je cherche à faire exister les couleurs. Pour arriver à un monochrome, il faut batailler avec beaucoup de couleurs. Le vert ne m’intéresse que quand on sent le jaune et le jaune ne se fait qu’avec du vert! Ce sont le rouge et le noir qui m’ont le plus inspirée. Je ne pourrais pas faire un monochrome jaune sans être torturée.»
Le travail de Marthe Wéry renvoie aussi à l’architecture depuis sa participation à la Biennale de Venise intimement liée au bâtiment: «Je suis convaincue que si j’avais été un garçon, j’aurais fait l’architecture. Je suis fille de maçon, d’entrepreneur et je trouve que tout le monde devrait construire sa maison.»
Marthe Wéry avait été approchée pour devenir pendant un an, professeur invité, en résidence à Louvain-la-Neuve, une tâche qu’elle hésitait à accepter tant la préoccupation de la peinture continuait à la passionner et à la faire avancer et elle ne désirait pas s’en distraire.
Elle était l’épouse de Christian Debuyst, qui fut professeur de criminologie à l’UCL et est l’auteur de nombreux ouvrages sur ce thème.
© La Libre Belgique 2005

Nous avions déjà remarqué les oeuvres de Marthe Wéry lors de l’exposition de groupe Pause organisée par Eric de Chassey à la galerie Cent8 au printemps dernier. Aujourd’hui tout l’espace de la galerie lui est consacré.
L’exposition des oeuvres de Marthe Wéry apparaît comme une suite de fragments, d’expériences chromatiques entrant en résonance avec l’architecture du lieu. L’oeuvre se déploie sur les murs de la galerie comme autant de ponctuations picturales à la fois autonomes et très logiquement imbriquées.
Ce qui est proposé à notre regard oscille entre des monochromes impeccablement uniformes, de la peinture étalée et diluée sur le support, des couleurs ternes ou étincelantes. L’excitation visuelle est proche de celle provoquée par les oeuvres des artistes de prédilection de Marthe Wéry — Rothko, Noland, Newman —, ou du peintre contemporain Bernard Frize avec qui elle a plusieurs fois exposé (en 1997 au
Parvis de Pau, et en 2002 à la galerie Micheline Szwajcer à Anvers).
L’ensemble le plus troublant de l’exposition est assurément celui des peintures rouges qui oscillent entre l’évocation du sang et celle des tonalités sombres de Rothko. Les monochromes se déploient en une fugue chromatique sensuelle, en une alternance d’attirances et de répulsions. Les oeuvres de Marthe Wéry se lisent comme un texte, ou plutôt comme des séries de textes auxquels le rassemblement confère toute leur envergure.
L’oeuvre de Marthe Wéry suscite un sentiment d’étrangeté, comparable à celui que l’on peut éprouver dans le film Vidéodrome de David Cronenberg. Un homme fasciné par le pouvoir des médias découvre petit à petit le monde souterrain du petit écran. Sa vie bascule alors jusqu’à la scène d’anthologie où il pénètre dans les viscères de l’écran de télévision devenu vivant ; où la machine se réveille pour happer le
spectateur et lui faire perdre tous ses repères dans le monde «réel».
C’est cette esthétique à la fois rigoureuse, comme peut l’être le monochrome, et organique, comme peut l’être la peinture, qui fait se rejoindre l’oeuvre de Marthe Wéry et celle de David Cronenberg. Vertige jouissif que l’on voudrait raisonnable et qui nous dépasse, non pas dans la démesure du monumental, mais dans la perte de contrôle dans laquelle nous sommes plongés.
La difficulté à circonscrire l’oeuvre de Marthe Wéry vient de ce qu’elle s’éprouve avant tout dans la frontalité la plus intime, dans l’interaction entre la peinture et le corps du spectateur. L’expérience proposée par l’artiste est unique. Elle atteste que la peinture n’est pas épuisée, qu’elle n’a pas développé toutes ses possibilités, et que le monochrome garde toute son actualité.
Par Maxence Alcade
Texte extrait de www.paris-art.com

David Claerbout – Retrospection

par Laurent Busine
Directeur du Musée des Arts Contemporains au Grand-Hornu

Ainsi donc, dorénavant, nous pouvons affirmer en toute légalité – preuves à l’appui ! – que les souvenirs ne sont pas des chimères.
Nous avons vu émerger du plus lointain d’une image banale, une figure reconnaissable entre toutes : celle d’un jeune homme que nous avons connu et aimé et dont les traits nous sont familiers ; celle qui n’était pas confondue dans la masse des adolescents rassemblés ; celle qui nous rappelait une histoire ancienne.
Nous avons vu ce visage apparaître, grandir et envahir tout l’écran. Qui plus est, si nous étions attentifs, nous l’avons vu sourire, être baigné d’une lumière douce ou fermer délicatement les yeux pour mieux se concentrer sur nos souvenirs communs.

Peut-être, étions-nous les seuls à constater cela et sans doute ne convient-il pas de le dire trop haut.
Ce n’est pourtant pas un mirage et encore moins un miracle ; c’est simplement l’effet que produit l’amour que nous portons aux êtres chéris, depuis longtemps disparus, qui se manifeste quand nous avons en nous le désir très fort de les voir réapparaître et de leur parler dans une langue désormais muette mais – ô ! Combien – fidèle et heureuse.


Un passé simple pour questionner le présent…

par RUELLAND Michel

Suffit-il que nous posions le regard sur les choses pour leur donner vie ? Pas si sûr !… En tout cas, cette réanimation dépend sûrement, et tout à la fois, de la fraîcheur et de l’intensité de cette observation, nécessairement subtile. Alors, peut-être, une contagion sensorielle et émotionnelle pourra s’opérer… Lorsque David Claerbout fait discrètement respirer un ange de pierre (“Angel”, vidéo), à la limite du perceptible, il réactive en nous des capacités assoupies, si nécessaires, de celles qui captent la palpitation des choses, de la vie… “Present“, elle, est une oeuvre que l’on peut implanter dans son propre ordinateur et qui prend vie, l’espace d’une semaine, sous la forme d’un gerbera, d’un amaryllis ou d’une rose rouge. Indéfiniment, ces fleurs virtuelles peuvent y renaître ou bien être adressées et “semées” dans le computer d’un internaute ami…

Avec “Retrospection”, il nous confirme que les apparences peuvent décidément nous tromper, et qu’un instantané des années trente peut renaître sous nos yeux soixante-dix années plus tard… Quoi de plus troublant que ces portraits collectifs, auxquels nul d’entre nous n’a certainement pu échapper, que sont les photos de classes. Cette alchimie si particulière où les regards sont dirigés vers et à travers l’objectif de l’appareil photo, qui nous regardent encore, nous, spectateurs au XXIème siècle… Le “ça a été” dont parle Roland Barthes dans “La Chambre Claire” peut être ici prolongé de “et ça l’est encore”… Sous l’effet du travelling optique, l’instant arrêté s’amplifie, se dilate et renaît dans nos yeux, sur nos rétines sensibles certes, mais aussi à la surface de nos tympans, telle une onde vibratoire où s’entrelacent lumières et sons. Parallèlement à la présentation de “Retrospection”, seront expérimentées en arts plastiques, avec Melle Emilie Valente, professeur d’arts plastiques et moi-même, les pistes suivantes : “Ma classe… en noir et gris et blanc”, “Mon totem : ma tribu”, “Si proches et si différents à la fois”, “Je laisse ma trace, mais elle s’efface…”, “Je suis au coeur de ma réalisation mais cela ne se voit pas tout de suite”, “Au fil du temps”, “J’ai souhaité que l’éphémère s’éternise… (d’après la phrase de Giuseppe Penone)”, “C’est du passé, mais c’est pourtant très présent”, “Une seule chose de permanente : le changement”…

Le blog du cours d’infographie se relance… en mieux !